Auteur : Kevin Bonneville

  • Pouvoir éviter un accident mortel

    Pouvoir éviter un accident mortel

    Je ne parle pas d’une fête d’Halloween ou d’un moment intime qui, de toute façon, ne vous regarderait pas. Je parle d’un vrai moment où la justice a triomphé.

    C’était en 2012 il me semble, en été. Ma copine de l’époque et moi revenions d’une petite balade en voiture par une belle journée. Nous revenions de quelque part en Montérégie (j’ai oublié où précisément) quand nous nous dirigions à Laval pour un souper d’amis. Comme il y avait des travaux sur l’ancien pont Champlain, nous nous sommes embourbés dans la circulation à une vitesse de cinq à l’heure quand nous n’étions pas carrément à l’arrêt, je prends le temps d’observer les alentours, les voitures et leur passager. N’essayez pas, on le fait tous.

    En avant de nous, il y avait une fourgonnette blanche d’un professionnel de la rénovation, il me semble. À l’intérieur, un mouvement attire mon attention. De mon point de vue, je constate que le conducteur boit quelque chose. Comme je bois de l’eau ou du café aussi en conduisant, je n’en fais pas de cas. Seulement, la bouteille a une drôle de forme. Je me tourne vers ma copine et je lui demande son avis.

    — Oui, moi aussi je trouve que ça ressemble à une bouteille de bière.

    Le justicier en moi s’est réveillé. J’ai vite appris à ne me mêler que de mes affaires dans la vie, mais comme je suis un usager de la route, le mauvais comportement des autres pouvant mettre des vies en danger nous concerne tous. Nous avons donc décidé d’appeler les autorités. Après quelques transferts de juridiction, la Sûreté du Québec prend l’affaire en main. Arrivée au milieu du pont, la circulation reprend une vitesse normale. Le fautif, lui, accélère. Et c’est en ce moment que je suis devenu Batman. Nous informons la SQ que le méchant prend de la vitesse. Ils nous répondent : « Suivez-le en attendant qu’une voiture patrouille vous rejoigne. On vous permet d’enfreindre quelques règles de conduite, mais, de grâce, restez prudent. »

    Il ne m’en fallait pas plus. J’enfilais mes gants à pointe, ma cape et mon masque. Le coupé vert que je conduisais s’est transformé en Chevrolet Impala 1967 avec des influences de la Porsche 917 et de la Ford GT40. (C’est les modèles qui ont servi à faire la Batmobile du film de 1989.) En cinq minutes j’avais rattrapé la fourgonnette sur l’autoroute Décarie après des dépassements par la droite et avoir fait des excès de vitesse. Ma copine, toujours au téléphone avec la SQ, les tient au courant de la situation. 

    Sur la Métropolitaine, entre les deux segments de l’autoroute 15, j’ai perdu le fautif de vue. On allait faire part de la mauvaise nouvelle, lorsque sortie de nulle part, la fourgonnette sort du filé de voiture pour aller frotter violemment le garde-fou de ciment. Imaginez s’il n’y en avait pas eu; un face à face qui aurait pu être fatal. Bref, on a retrouvé le malfaisant.

    Après avoir indiqué qu’on le suivait sur la bretelle pour l’autoroute des Laurentides, on nous informe qu’une patrouille s’approche de nous. Pour se faire voir, ils nous demandent d’allumer les feux de détresse. Ils nous dépassent, les sirènes hurlantes, en nous faisant un signe de tête. Deux minutes plus tard, on s’arrête en arrière d’eux et nous avons assisté à l’arrestation du chauffeur aux facultés affaiblies qui nous confirmait qu’il buvait bel et bien de la bière au volant.

    Bon, je vous épargne l’après-coup qui se résume à rédiger ma déposition. Nous avons reçu des remerciements des agents de loi. « Vous avez peut-être sauvé une vie en nous appelant » qu’ils nous ont dit. Rien pour ne pas que je pense que j’ai été un bon Batman cet après-midi-là.

  • Quand la fiction rejoint la réalité

    Quand la fiction rejoint la réalité

    Qui ne s’est pas reconnu dans des films ou séries ?

    Je sais, ce film est une comédie fantastique (ou de science-fiction si vous préférez), mais ça ne m’a pas empêché de pleurer de tristesse.

    D’abord, une mise en contexte avec l’histoire de la saga. Le premier film est sorti le 8 juin 1984. Après une longue préparation et plusieurs versions du scénario, trois amis, dont les deux scénaristes du film, commencent le tournage d’un long-métrage qui deviendra culte. Cinq ans plus tard, la suite tant demandée et attendue sort sur les grands écrans emmenant avec lui une déception générale. Pour ma part, je le préfère à l’originale. Néanmoins, les fans de ces casseurs de fantômes demandaient une autre suite, pour revoir cette bande attachante à l’humour sympathique.

    Malheureusement, une mésentente entre le comédien interprétant le Dr Peter Venkman, Bill Murray et l’un des scénaristes et co-vedette Harold Ramis (Dr Egon Splengler) vire en conflit qui durera pendant vingt ans. Soit un an avant la mort de ce dernier. Ce conflit fit comme victime collatérale, la relation entre Dan Aykroyd et Ramis. De ce quatuor, il ne restait donc qu’un trio, avec Hernie Hudson. Ce qui met le projet d’un troisième volet de SOS Fantômes à la poubelle. Tant pis pour les fans de cet univers. On pouvait néanmoins se consoler avec les deux films et la série animée.

    Depuis, il y a eu le remake avec une distribution féminine, mais ce n’est pas ce que nous voulions. Je l’ai quand même écouté. Ce film m’a fait sourire quelques fois et je le trouve très beau visuellement, mais sans plus.

    Finalement, en 2021, je vois une annonce qui me fait plaisir. Ghostbuster : Afterlife est annoncé pour novembre 2021. C’est avec une bonne appréhension que je m’installe sur mon banc, dans la salle

    De gauche à droite : Egon, Winston, Peter et Ray

    Un peu de ma vie personnelle maintenant. En 1994, je fais la connaissance de Jean-René, le frère du meilleur ami de mon frère. Il était bloqué avant la fin d’un jeu vidéo. Ayant déjà terminé ce jeu, il me demandait conseil. J’ai donc été le rejoindre pour l’aider à en venir à bout.

    Ce fut le début d’une longue amitié qui a résisté à un déménagement de ma part avant que je ne revienne dans la ville de mon enfance.

    Nous avions énormément en commun. Nos ambitions se ressemblaient, nous avions à peu près les mêmes goûts et la même vision de la vie. Nous avons l’impression d’être les seuls à nous comprendre dans un océan de superficialité, comme on aimait le dire. À l’école secondaire, il fit la connaissance de Olivier et moi de Jonathan. Notre duo était devenu un quatuor.

    La relation entre JR et moi a commencé à battre de l’aile lorsque nous avons déménagé à Montréal. Nos premiers pas dans la vie d’adulte n’ont pas été faits de la même manière. Plus idéaliste que moi, il s’accrochait encore un peu à notre vie d’adolescents, surtout à l’espèce d’innocence que nous avions encore.

    De gauche à droite : JR, Oli, Kev et Jo

    Alors que je prenais mes faux pas comme de l’expérience qui, dans certains cas, me coûtait très cher, lui les prenait comme des échecs, souvent irréparables.

    Alors que mes illusions de petits gars s’effaçaient pour faire place à une évolution mature qui s’apprenait souvent à la dure, celles de JR s’ancraient dans son esprit, convaincue que changer quoi que ce soit en lui le dénaturait.

    Au fil des ans, la nature de plus en plus désagréable de celui qui avait uni le quatuor nous avait éloignés de lui. Notre quatuor était devenu un trio.

    Un après-midi d’août 2011, l’ex-copine de JR m’appelle pour m’annoncer qu’on l’avait retrouvé pendu dans une chambre d’hôtel.

    Donc, je me trouvais assis dans la salle de cinéma. Je dois préciser que je connaissais l’histoire de la querelle entre les acteurs. (Alerte aux Spoilers) La fin du film arrive. Les trois Ghostbusters encore en vie se retrouvent pour combattre l’entité méchante. Le personnage d’Egon, resté invisible durant le film, apparaît en spectre pour les aider. Ray, Peter et Winston le regardent et chacun sort une ligne étant destinée, j’en suis convaincue, à l’acteur et non au personnage.

    J’en fais une traduction libre :

    Ces lignes, ont été dites, presque mots pour mots, par chacun des membres de notre trio, depuis le décès de Jean-René. Et on aimerait tant lui dire en face. Je me suis mis à pleurer de tristesse à ce moment précis. Ce qu’on ne donnerait pas pour passer juste une heure avec un de nos proches disparus ? Malgré la distance qu’il y a eut entre nous, il me manque.

    Ghostbusters Afterlife est le film le plus triste que j’ai jamais regardé.

    De gauche à droite : Oli, JR, Jo et Kev (en avant)

    Laissez-moi vous parler un peu de celui qui a été mon ami pendant presque 20 ans, du moment où il a passé un peu de temps avec moi, deux ans après son décès.

    Si ce n’était pas de lui, je n’aurais probablement jamais vu la saga Rocky. Étant fan, il a pris une longue soirée pour me faire regarder les cinq films à la suite. Entre deux longs métrages, il a même pris le temps de me dire ce qu’il aimait et ce qu’il n’aimait pas de chaque volet.

    En décembre 2006, le sixième film sort enfin au cinéma. Cette année, je n’ai pas fêté Noël avec ma famille, ni du côté de ma mère ni de mon père. JR, ne faisait rien non plus, nous avons décidé de passer le 24 et le 25 décembre ensemble. On se ramasse des jeux vidéos et des films pour nous divertir avec notre souper pizza. Comme cadeau, il m’amène à la projection de Rocky Balboa. Un film qui fait du bien et vachement bien réaliser.

    Bref, à la fin de 2013, je m’occupe à faire un nouveau montage de l’épisode pilote d’une série que j’ai écrite et réalisée en 2007. Pour travailler, j’ai comme habitude d’écouter de la musique ou je fais jouer en fond un film ou une série télévisée. Pour ce montage, j’ai décidé de mettre la série des films Rocky. Arrivé au 4e volet, celui où Rocky se bat contre le gros Russe, je décide de prendre une pause et de regarder ce film au complet. Étant le préféré de mon défunt ami, j’ai pris le temps de bien l’écouter. J’ai compris pourquoi il l’aimait tant. Ce n’était pas que le personnage de la némésis du boxeur qu’il appréciait, mais le montage, la musique et le côté kitsch des productions des années 80 avaient rapport avec son appréhension.

    Je reprends mon travail pendant le 5e film et j’écoute également le 6e, sans aucun doute mon préféré.

    Dès la fin de celui-ci, le plan où l’on voit le personnage au sommet des maintenant célèbres escaliers du musée d’art de Philadelphie, faire face à la ville sur la musique, ‘’Rocky’s Reward’’, composée par Bill Conti, je sens sur mon épaule, une pression. Comme une main posée sur moi qui veut me dire ‘’merci pour ce moment, l’ami’’. Instinctivement, je prononce son prénom et, comme réponse, un petit souffle de vent me frôle le visage.

    Chacun est libre de croire ce qu’il veut.

    Pour finir, je veux m’adresser à lui.

  • Hommage à ma prof

    Hommage à ma prof

    Il y a quelques mois, une mobilisation a eu lieu à travers la province de Québec. Une mobilisation rassemblant les employés du service hospitalier et les enseignants, enseignantes du Québec pour de meilleures conditions de travail et surtout une meilleure reconnaissance de la part des élus. En tant qu’employé d’un hôpital, je me suis retrouvé dans le conflit. Je vais taire mon opinion, ce n’est pas le sujet. Cependant, je dois avouer que je pensais surtout aux professeurs. Quel métier d’une importance capitale, mais trop sous-estimé.

    Par ce fait, Je pensais à l’humoriste Pierre Hébert. Bien que je le trouve très à l’aise et à sa place à son poste d’animateur d’émission mettant en vedette de jeunes enfants, il est loin d’être mon humoriste préféré. Je pensais à lui parce qu’il milite pour la cause des professeurs. Il en parle énormément (peut-être trop?) parce que sa compagne est elle-même professeure. Je le trouvais autant objectif que moi-même disant que Louis-José Houde est le meilleur humoriste du monde parce qu’il est mon préféré. Je réfléchissais à ça tout en brandissant une pancarte écrite par un des membres du syndicat décrivant le manque d’écoute du ministre de la Santé et BOOM!, un souvenir de loin me revient en mémoire. Ça m’a fait revenir sur mon opinion; finalement, Pierre Hébert a bien raison et il est légitime de militer pour les profs qu’il soit en couple avec une enseignante ou non. Parce que, moi aussi, j’ai eu une professeure qui a été importante dans ma vie, qui a allumé une flamme en moi qui brûle toujours vingt-cinq ans plus tard. Mon début de secondaire s’est déroulé à Terrebonne, à l’école Trois-Saisons. Bien que j’avais des amis et que je trouvais un certain plaisir à m’y rendre, je restais tout de même un jeune adolescent introverti qui assumait mal son allure qui ne ressemblait à rien ni sa chevelure frisée et surtout d’être ‘’l’ami de’’, comme si je ne valais pas la peine d’être une entité propre sans pouvoir être identifié sans une autre personne. Mon plaisir de me rendre à l’école se résumait à certains cours donnés par des professeurs passionnés. Il y avait Joan (Johanne), elle était drôle et parlait le même langage que nous. Benoît le professeur de biologie qui nous parlait comme si on était des adultes; qu’il n’avait pas peur de nous dire les vrais mots lorsqu’on étudiait le corps humain. Il y avait aussi Maryse, la prof de science-physique qui… à part nous avoir captivé sa passion de l’enseignement… heu,… disons simplement que la génétique est bien faite… Vous avez compris. Tout ça est bien beau, mais mon souvenir le plus précieux restera toujours mon cours de français et surtout celle qui le donnait : Josée. Josée, ma professeure de français en secondaire 3. À mon souvenir, elle enseignait depuis peu. Sa joie de vivre, avec son bonheur d’exercer ce qu’elle considérait le plus beau métier du monde et surtout son écoute et sa sympathie faisaient que j’avais hâte au prochain cours. Les conversations avec nous variaient du subjonctif présent jusqu’au deuxième film de la série Les Boys qui venait de prendre l’affiche. Oui, je suis vieux comme ça.

    J’ouvre une parenthèse.

    Pendant qu’on discutait de nos meilleures répliques du film  »Les Boys » premier du nom, elle nous confiait qu’elle n’avait pas du tout aimé. Évidemment, elle prit le temps de nous expliquer pourquoi et je dois avouer qu’objectivement ses raisons sont plutôt bonnes. J’en ai presque changé d’avis sur mon appréciation du film.

    Je ferme la parenthèse.

    Un jour d’école, je rêvassais tranquillement en fixant mon cahier de français lorsque Josée nous annonce qu’elle fait des changements dans sa classe. Ça m’importait peu, je n’avais pas d’amis dans ce cours. Je retournais donc à ma rêvasserie. Une rêverie dont ma prof me sortit après avoir nommé mon nom trois fois. Voilà que j’apprends que je dois déménager mes effets personnels sur le bureau près du sien. Apparemment, elle trouvait que je n’étais pas assez attentif et que mes notes pourraient être meilleures donc, cette place devrait régler le problème… Qui suis-je pour la contredire? Elle eu raison sur un point, je rêvais beaucoup moins, mais mes notes n’augmentaient pas. Josée avait beau m’interroger sur mes possibles problèmes personnels et sur ma vie de famille pour tenter de comprendre, introvertie comme j’étais, je répondais que tout allait bien. Elle n’avait pas insisté. L’instant marquant et important s’était passé un après-midi de fin d’hiver (il me semble que c’était à cette période). Elle nous avait introduits à l’écriture. Elle nous demandait d’écrire une petite histoire d’environ 50 mots; ce qui était un véritable calvaire pour le ¾ des élèves, dont moi-même. Je ne trouvais rien à raconter et quand bien même une idée me serait venue en tête, je ne saurais pas par où commencer. Comme vous avez compris, je n’écrivais pas encore et je lisais encore moins. Me voyant galérer, elle tente de m’aider. “Tu dessines, non? Alors, raconte-moi par écrit l’histoire d’un des personnages que t’as créés”, que ma professeure me lance avec un beau sourire. Je ne lui avais rien dit, mais à l’époque je croyais qu’écrire (dessiner) une bande-dessinée et une nouvelle ou un roman c’était extrêmement différent. Je m’y remettais donc un peu à contrecœur. Je ne voulais surtout pas la décevoir, elle, qui ne voulait que mon bien. Je pose la mine de mon crayon sur mon papier et je commence un semblant de phrase avant de la rayer et de recommencer juste en dessous. Un blocage me pogne. Josée jette des regards en ma direction avec un sourire réconfortant. Encore une fois, je n’ai pas envie de la décevoir; je raye la nouvelle phrase et j’en recommence une autre. Bien que je savais que je ne perdrais pas de point en commençant par ‘’il était une fois’’, j’avais envie d’être plus original. Je commence un dialogue entre les deux personnages, deux frères. Pour ceux m’ayant déjà rencontré, il s’agit des deux personnages qui sont tatoués sur mon avant-bras.

    Bref, je ponds une petite histoire un peu compréhensible, qui commençait en plein milieu, mais apparemment ça ne gênait pas la compréhension de Josée.

    — T’aimes beaucoup les films, toi.

    Je croyais à l’époque qu’il s’agissait d’une question. À croire que mon écriture était déjà cinématographique; du moins, c’est ce que j’en comprends quand j’y repense. Je lui avoue que j’adore le septième art et que je veux en faire un métier. J’ai ressenti un sourire sincère lorsqu’elle m’écoutait lui dire pourquoi j’ai choisi la mise en scène. Par la suite, elle m’encouragea à terminer ma production écrite.

    Plus tard dans l’année, le plan de cours exigeait qu’on travaille les poèmes. J’ai appris les vers, les strophes, les quatrains, les quintils, etc. J’ai surtout appris que l’écriture pouvait être une manière de s’exprimer intéressante. Et le plus beau là-dedans, c’est que Josée voulait lire mes poèmes. Je sais que sa profession l’oblige à le faire, mais pour ma part, elle voulait les lire avant que les autres ne remettent leur travail. Elle fut donc ma première lectrice, celle qui demandait de lire mon prochain écrit. Dire que ça m’a pris vingt ans pour réaliser que j’avais quelque chose à faire avec l’écriture. Qui sait ce que je ferai aujourd’hui si je n’avais pas eu ces encouragements à l’époque? À moins d’avoir une Delorean et de créer une rupture du continuum espace-temps, on ne peut pas le savoir. Donc je vais me considérer privilégié d’avoir eu une personne comme Josée pour me faire découvrir l’art de l’écriture en m’encourageant comme elle l’a fait. Je profite du sujet pour remercier un autre professeur que j’ai eu. Celui-là, en nous laissant le libre choix sur le livre pour la lecture obligatoire, il a fait pousser la passion de la lecture en moi. Avoir une lecture imposée peut rendre l’expérience pénible. Choisir un livre qui nous intéresse nous fait découvrir un monde imaginaire qui peut rendre accro. Pour résumer, non, Pierre Hébert ne gosse pas avec ses propos sur les enseignants. Non, il ne fait pas son téteux; et non, les professeurs n’en demandent pas trop. Oui, les profs peuvent changer des vies. Les professeurs peuvent en sauver juste en prêtant l’oreille. Les professeurs ne jugent pas et ont une patience d’ange et pourtant, ils sont pris pour acquis. Si je devais retourner manifester à nouveau pour que les enseignants aient de meilleures conditions de travail, compter sur moi.

    Avant de partir, je vous laisse avec une merveilleuse chanson qui décrit l’impact que Josée a eu dans ma vie. Le chanteur québécois Alexandre Poulin, un ancien professeur devenu chanteur. Sa chanson  »L’écrivain » est le premier titre que j’ai entendu de lui. Vraiment, Wow comme chanson. Merci à Keith, de m’avoir fait découvrir cette pièce.

  • Être un des singes de l’espace

    Être un des singes de l’espace

    Un film qui se passe de présentation. Un long-métrage au succès retardé, mais à la stratification culte sans contredit. Des hommes se joignent au Fight Club. Un regroupement qui se veut un groupe d’entraide pour les hommes seulement, mené par le mythique Tyler Durden. Plus la popularité du club augmente, plus le concept du Fight Club va changer. De simples combats, ça va devenir un groupe terroriste qui veut remettre le monde à zéro en devenant le  »projet apocalypse ». (Project Mayhem ou projet Chaos) Ce n’est pas rien, avouer.

    Oui, je me suis déjà battu, mais ce n’est pas de ça que je veux vous parler. Il y a beaucoup d’événements dans ce film (tiré d’un livre). Il n’empêche pas que je me sois sérieusement posé la question à savoir si mon cousin existait réellement. Un cousin plus vieux, plus riche et ayant plus de charisme que moi. Installé dans la grande ville avec une vie enviable. Enviable, surtout pour moi, jeune homme à peine adulte qui cherchait mon identité propre. Un Tyler Durden finalement. On comprend la référence. Voulant voir autre chose que ma banlieue, je rendais visite plusieurs jours de suite à mon cousin avec une impression de vivre ‘’comme un grand’’.

    Le moment précis dont je veux vous parler se compare à la deuxième partie du film, quand le projet Apocalypse commence. Les membres du Fight Club viennent habiter chez Tyler pour mener à bien le plan. Dans le film, chacun y met la main à la pâte pour contribuer dans la maison.

    Chez mon cousin, il y avait toujours beaucoup de monde. On y trouvait quelques femmes, mais surtout de jeunes hommes âgés entre 19 et 23 ans en pleine transition vers un âge adulte qui leur faisait peur. Comme s’il montait une armée.

    Bref, comme le narrateur le dit dans le long-métrage ‘’Ils s’agitaient tous tellement que la maison bougeait’’. Jusque là, je n’avais pas encore bien fait le lien avec Fight Club. C’est arrivé lors d’un soir vers la fin de l’été alors que j’étais en visite chez lui que j’ai commencé à me poser la question.

    Ce soir-là, nombre des membres du  »projet apocalypse » dormaient chez mon cousin. Ça se tassait sur les sofas, ça se battait pour les draps et ça dormait les uns par-dessus les autres. Mon cousin avait le privilège d’avoir sa propre chambre. Moi, j’avais le droit à la mienne pour moi tout seul. ‘’Je suis le privilège de Jack’’.

    Je me souviens d’avoir entendu soulever l’injustice au fait que je sois seul dans l’autre chambre. Mais un autre dude a précisé que j’avais le droit puisque j’étais le cousin du chef de clan. Il s’est excusé et je n’en ai plus jamais entendu parler. 

    Le fait qui m’a fait croire que je me trouvais dans le projet Mayhem, c’était le lendemain matin. Je me réveillai vers 10 heures. Je n’entendais rien de l’autre côté de la porte. Les invités devaient être encore couchés, que je me dis. Mais non! En ouvrant la porte, je vois tout un chacun s’y mettre pour rendre l’appartement impeccable. ‘’Ils vivaient et travaillaient en équipe’’. Je me promenais entre les personnes qui, soit balayaient, soit frottaient les murs ou ils passaient la balayeuse sur le sofa. On me saluait, mais on ne me demandait pas de participer. Et entre nous, je n’aurais pas su quoi faire tellement que tout était en train de se faire. Exactement comme le personnage de Edward Norton lorsqu’il vague, sans rien comprendre, parmi les singes de l’espace donnant leur énergie pour la cause.

    Non, ce n’est pas drôle. Ça me faisait peur et ce n’était pas encore le pire. Déjà, lorsque je m’assois à la table de cuisine, j’avais une impression de déjà vue. Le film Fight Club évidemment. Mon cousin se réveilla finalement. Après un arrêt dans la salle de bain, il vint me rejoindre à la cuisine. Il me salue en s’asseyant et, à la seconde près, l’un des singes des membres vient de déposer, devant mon cousin, une assiette d’œuf, bacon et fruit frais avec un jeu d’orange.

    Estomaqué et étourdi de confusion, je le fixe en le suppliant de m’expliquer. Je ne me souviens pas d’avoir vu quelqu’un cuisiner lorsque je suis entré dans la cuisine. ‘’Je suis la surprise de Jack’’. La seule réponse que j’ai eue fut un haussement d’épaules et une phrase perturbante pour moi. ‘’Pourquoi Tyler Durden monte une armée? En tout cas, il a un bon déjeuner’’.

    Ça y est, je suis le Edward Norton de mon univers. Mon cousin n’existe pas. Je prépare un plan de destruction et je ne m’en rends pas compte. Je me croyais fou. Où est ma Marla?

     Je vous rassure, rien de mal n’est arrivé. Aucune destruction n’a eu lieu et la raison du comportement des invités s’explique comme suit : ils faisaient le ménage pour remercier l’hospitalité de mon cousin. Mais n’empêche, pour un petit jeune avec un trop-plein d’imagination comme moi, une situation aussi extravagante ressemblant à un film culte ça peut mener à une petite psychose comme j’ai vécu. Ça m’a pris une demi-heure pour que la réalité me rattrape. Même s’il a pu se mettre à ma place et me comprendre, ce cousin en rit encore après une vingtaine d’années. Et avec le recul, je me trouve, d’une certaine façon, chanceux d’avoir vécu une situation pareille. Ça me fait quelque chose à raconter.

    Et sérieusement, regardez Fight Club.

     Il me semble que le sujet des jeunes hommes prit entre l’adolescence et l’âge adulte, ferait un bon sujet pour un futur billet.

  • Pourquoi il est mon humoriste préféré

    Pourquoi il est mon humoriste préféré

    Qui n’aime pas rire? Heureusement que, comme pour la littérature, il y a de l’humour pour tous les goûts. Et comme dans la littérature, parfois, les goûts et envies changent. Plusieurs des humoristes que j’admirais il y a une époque ne sont plus dans mon top 10 aujourd’hui. Mon vécu, mes tolérances et surtout mon ouverture d’esprit ont fait en sorte de changer mes champs d’intérêt. Pareil pour les films et les séries télé, mis à part quelques exceptions, ces tops 10 a aussi changé, mais il est plus varié. Je ne dis pas que ceux qui ne changent pas sont dans l’erreur. Grands biens leur fasse s’ils se sentent toujours aussi près de leur réconfort d’autrefois. D’ailleurs, le mot ‘’réconfort’’ est bien choisi pour ce que j’ai à partager. 

     

    Parmi la variété d’humoristes qu’il y a dans la belle province, il y en a un qui restera toujours au top de mes préférés (bien que je ne sois pas à l’abri d’un changement d’idée) et comme vous avez lu le titre, vous savez qu’il s’agit de monsieur Louis-José Houde.

     

    Deuxième enfant et seul garçon de la famille, Louis-José est natif de la ville de Saint-Apollinaire, il sort de l’école nationale de l’humour en 1998. Il fait son petit bout de chemin en apparaissant comme chroniqueur à la télé et à la radio CKOI. Depuis son premier spectacle en 2002, son nom reste dans les mémoires, car il apparaît dans des séries télévisées et dans de nombreux films sur lesquels il apparait sur les affiches. Je sais que je ne vous apprends pas grand-chose, mais je tenais quand même à résumer son parcours.

     

    Lorsqu’il apparaissait à la télévision, je le regardais. Même chose pour ses moments à la radio. Notez bien que le seul personnage qu’il a interprété, sans jamais le sortir sur scène, me fait encore toujours rire. Ma sœur et moi écoutions Dollaraclip presque religieusement. À cette époque, cet humoriste ne se trouvait pas encore sur le piédestal sur lequel il se trouve en ce moment. La première fois que j’ai vu l’un de ses spectacles fut en début 2009. Ma copine de l’époque nous avait offert une paire de billets pour son deuxième one-man-show ‘’Suivre la parade’’.

    Il faut savoir qu’en 2009 j’avais 25 ans et je vivais une période de questionnement, de mise en doute et je n’arrivais pas à trouver une raison de remonter à la surface. Que ce spectacle m’a fait du bien. La fin du show ‘Suivre la parade’’ m’a énormément touché. De savoir qu’un homme populaire, idolâtré et pour qui toutes les portes s’ouvrent pouvait vivre et parler d’une période pénible de sa vie. Ça a remis ma dernière année en perspective. Déjà la première phrase du spectacle ‘’La vie change trop vite. Mon grand-père a eu mon père à 20 ans. Mon père m’a eu à 25 ans. Moi, je viens d’avoir 30 ans et hier soir… j’ai loué Spiderman’’ m’a permis de me reconnaitre dans ce propos.

    Je ne me trouvais pas à la hauteur de la vie. Je ne connaissais que des projets, mais aucun accomplissement. Entendre de la bouche de Louis-José que la vie change et qu’à 30 ans on agit encore comme des gamins (du moins, c’est un peu ce que j’ai compris) m’a un peu remonté le moral; j’ai compris que je pouvais me donner au moins cinq ans pour ‘’agir en adulte’’ et accomplir quelque chose de concret pour moi. Je retournais à mon appartement le cœur beaucoup plus léger en sachant que je ne suis pas le seul à ne pas suivre la parade.

     

    La semaine suivante, je me suis procuré en DVD son premier spectacle. Je me suis reconnu dans plusieurs de ses anecdotes, notamment les premières fois à l’école secondaire. Je le suivais le plus possible à l’animation des Galas Adisc. Animation qu’il faisait de main de maître d’ailleurs; toutes les critiques peuvent vous le dire.

     

    Le spectacle ‘’Les heures verticales’’ arrive sur scène. Encore une fois, je souris en me disant que j’aurai pu moi-même écrire les textes. Dans le sens que j’ai l’impression que Louis-José et moi avons vécu les mêmes événements, dans les mêmes émotions. 

    ‘’Les heures verticales », c’est le temps où l’être humain est debout, à partir du jour où il a appris à marcher, mais aussi dans les moments où il doit se tenir droit devant ou dans l’adversité́’’. Je sais que ça rejoint tout le monde, mais comme j’ai écouté son spectacle en balado, j’ai eu l’impression qu’il se confiait qu’à moi. Je lui répondais dans le vide des ‘’Oh, tellement! ’’, ‘’Damn Right, bro’’ et des ‘’Oui, moi aussi je sais c’est quoi. »

    Son numéro de la fin ‘’Tu l’aimes encore’’ est juste fabuleux. En gros, si les défauts de sa partenaire te charment beaucoup plus que ses qualités… Tu l’aimes encore. Et oui, ma copine, je l’aime encore.

     

    ‘’Préfère novembre’’ sort la veille de ma fête, en novembre. Avec une accroche comme : ‘’Avec son quatrième spectacle en carrière, Louis-José prend position: oui, il l’avoue, il se qualifie de lent, à contresens de son époque où l’instantanéité est valorisée, justifiant ainsi son affection pour ce mois sous-estimé et mal-aimé’’ je ne pouvais simplement pas passer à côté. Seul dans mon salon, confortablement assis dans mon siège de lecture, je souris et je verse des larmes, les yeux fermés, pour ce spectacle qui, encore une fois, me fait penser à mes pensées et angoisses personnelles. Je me trouve lent aussi et vraiment à contresens de mon époque. Faisant écho aux événements et épreuves de ma vie, dans le même ordre que l’ordre de ses one-man-show. À croire que nous sommes jumeaux cosmiques ou je ne sais quoi d’autre. (OK… c’est un peu quétaine ça)

    Fidèle à lui-même, Louis-José fesse fort avec son numéro de fin. ‘’La mère monoparentale’’. L’humoriste avait 40 ans à l’époque de l’écriture de son spectacle. Ce qu’il décrit dans ce numéro, je l’ai vécu de mes 30 ans jusqu’à mes 38 ans environs. Non, la mère monoparentale n’a pas de temps à perdre et souvent, il faut s’accrocher pour bien suivre le rythme. Un autre tour dans des années passées dans lesquelles je me trouvais, malgré mon entourage, bien seul. Du moins, je le croyais. Ça m’a fait du bien.

     

    ‘’Milles mauvais choix ». Le cinquième spectacle de Louis-José Houde est un récit personnel, un petit traité sur les déceptions, les égarements et les choix au cœur de la vie atypique d’un privilégié. Le show ouvre sur sa récente peine d’amour; un sujet qu’il arrive à étirer sans se répéter. Louis-José a le don de toujours virer en comédie les moments dramatiques comme celui-là. Une écriture fine. Je ne sais pas si, des mauvais choix, j’en ai fait mille, mais j’en ai fait et j’ai assumé les conséquences et j’ai souffert amplement aussi. Comme on dit, on apprend de nos erreurs et grands dieux que j’ai appris. Durant son histoire, j’envoyais mentalement à l’humoriste des tapes dans le dos et des thumps up. Heureusement, j’ai su lors de sa dernière animation du gala de l’ADISC qu’il a pu remonter la pente et retrouver l’amour. Sa sensibilité s’est montrée lors de ce même gala quand, au début, il dédie ce gala à Karl Tremblay resté à la maison parce qu’il était trop malade.

    Quel geste gentleman.

    Je sais aussi que Louis-José est maintenant papa. Son prochain spectacle en parlera sans doute. N’étant pas père, saurais-je me reconnaitre comme je me suis reconnu avant? Peut-être que mes longues années de mentorat envers mon petit frère de neuf ans mon benjamin sauront le faire? Seul l’avenir me le dira.

    En attendant, je continue d’écouter ses spectacles comme si je marchais à ses côtés, comprenant ses sentiments parce que je les ai déjà vécus. Comme nous marchons dans les pas de l’autre, comme deux personnes, coude à coude.

  • La porteuse de lune – Une Nouvelle Poétique

    La porteuse de lune – Une Nouvelle Poétique

    D’une idée est venue un concept. Du concept est venu une photo publiée. De cette photo publiée, est venue une conversation. De cette conversation est venue une collaboration. De cette collaboration est venue une complicité artistique. 

    Et de là est arrivé une inspiration.

    C’est ce qui est arrivé entre Jan Bay, Nicolas Facq et Kevin Bonneville.

    Une modèle qui transperce la lentille à partir du concept du photographe à pousser impulsivement l’auteur à écrire ‘’LA PORTEUSE DE LUNE’’ une ode à nos mères, à nos sœurs, à nos filles, à nos collègues féminins… 

    Un texte à lire juste ici.

    Pour rendre complète l’ode, une collaboration musicale sera le bienvenue 😉