Étiquette : Tranche de vie

  • Respirer de nouveau

    Respirer de nouveau

    Bonjour lecteurs, bonjour lectrices

    Il y a longtemps que je vous ai livré un moment personnel. Ce n’est pas par manque de temps ni par manque d’envie. Je tentais de me maintenir la tête hors de l’eau. Depuis début juin, je me sens me noyer.

    Je sens me noyer de temps à autre, mais la plupart du temps, je me sens arrêté par un immense lac. Dans ces cas-là, je fais le tour de cette superficie d’eau et je continue mon chemin. Ça me ralentit, mais ça ne m’arrête pas. Dernièrement, j’éprouvais un sentiment d’euphorie, de bien-être. Je ne voyais pas l’eau devant moi. Non, je me déplaçais la tête haute, avec devant moi, de l’espoir et de beaux jours. J’avais tout ce qu’il me fallait. Je n’avais maintenant qu’à cueillir le fruit de mon dur labeur.

    La cueillette se résumait à sourire plus, rencontrer plus de gens, sortir de ma zone de confort et ouvrir plus de portes que je ne pouvais imaginer en ouvrir, il y a peu de temps. Ces bonnes choses m’engourdissaient tellement l’esprit que je ne me sentais pas déjà m’enfoncer dans l’eau jusqu’aux genoux.

    Alors que je croyais flotter, je nageais. Mais comme je ne touchais plus terre et qu’une chaleur m’enveloppait, je ne voyais aucun danger à continuer par en avant. Une douce musique m’inondait les oreilles; je n’entendais donc pas les avertissements. Ceux qui disaient de ralentir, d’arrêter et même de reculer. Mais non! Tel un marin se dirigeant vers des chants de sirènes, je continuais vers un danger déguisé en promesse de luxe. C’est lorsque le goût du sucre dans ma bouche se changea en eaux résiduaires que je compris que j’étais en train de me noyer. J’avais beau nager vers la surface, je me sentais couler.

    Devant une page blanche, je sentis ma poitrine se serrer. J’avais l’impression que mes os s’émiettaient. Je n’arrivais plus à respirer. Je ne voyais que du noir.

    Dans un ultime effort, je réussis à me calmer assez pour composer le numéro d’un ami, le plus proche de moi, le plus ancien. Grâce à lui, j’ai pu remonter à la surface, reprendre quelques bouffés d’air. Ces petites bouffées d’oxygène permirent de me calmer un peu. Juste assez pour constater que je me retrouve en plein milieu d’un plan d’eau sans rive à l’horizon; à aucun des points cardinaux. Donc, très loin de me retrouver au sec.

    Le peu de force que je trouvais me servait pour rester à la surface. Je n’en possédais pas assez pour me diriger dans une direction ou une autre. L’impression de voler avait laissé place à une enclume attachée à mes chevilles. Je lutte sans cesse pour ne pas couler. Pour me rendre plus léger, je me débarrasse de chose que je ne juge plus utile du tout. Certains diront qu’il s’agit d’un mauvais jugement de ma part, que, pris de panique, je me déleste de tout ce que je peux pour ne pas me ramasser au fond. Je ne leur en veux pas, ils ne se rendent pas compte que mes muscles, à force de lutter contre la gravité, me font mal. Je bouge avec moins en moins de force. Je ferme les yeux. Parfois, ne rien voir rend les choses moins douloureuses… Il me semble…

    Rien ne peut nous motiver à continuer de nager lorsqu’on souffre. Les coups de jambes nous maintenant à la surface sont de moins en moins rapides et de moins en moins forts. Tout ce qu’on peut espérer pour nous sortir de cette passe est l’espoir qu’une bouée de sauvetage flotte par là et qu’il nous reste assez de force pour l’agripper. En attendant que l’objet flottant nous arrive, s’il arrive à nous un jour, nous n’entendons rien, nous ne voyons rien. Un cillement dans un décor noir comme la nuit nous accompagne. Par moment, le manque de lumière nous endort; nous fait lâcher prise. Pour certains d’entre nous, la bouée tant attendue nous cogne les mains, nous empêchant de couler. Et certains de ceux qui la touchent la saisissent à temps.

    Pour ma part, j’ai réussi à m’agripper à l’une d’elles. Je ne me sens pas en sûreté pour autant, je dérive. Je reprends mes forces pour nager dans la direction que je jugerai bonne. Ce n’est pas ma première fois. Vais-je revenir à mon point de départ ou vais-je amarrer autre part pour tout recommencer, encore, d’une autre manière? Des gens me disent que c’est à moi de décider.

    Pour l’instant, je n’ai pas encore assez de force pour prendre la décision. Je me laisse dériver pendant que je retrouve mes forces. Je commence à être au sec et le soleil perce les nuages.

    Ça va un peu mieux.

    Prenez soin de vous et n’oubliez pas :

    Peu importe ce que vous lisez, lisez bien et parlez-en!

  • Mes talents culinaires

    Mes talents culinaires

    Mon niveau de cuisine : moins 1 000

    Ce n’est pas que je ne veux pas, croyez-moi. C’est que le gène de la cuisine, je ne l’ai pas en moi. Cuisiner ne m’intéresse pas du tout. Je vous rassure, je sais faire la base. Des œufs, des pâtes, des déjeuners complets… Je peux me débrouiller un minimum, mais si vous vous attendez, lors d’une date avec moi, à ce que je vous concocte un repas pas piqué des vers… vous risquez d’être un peu déçue. Mais j’ai d’autres qualités.

    Je vous raconte ça pour que vous riiez avec moi, en comprenant mieux, d’une tranche récente de ma vie. Mon non-talent dans une cuisine peut aller jusqu’au repas congelé. Oui, aussi pire que ça. Un soir alors que je revenais de chez une amie, je m’arrête dans une épicerie pour me chercher un souper de paresseux. À ma défense, j’avais de l’écriture à faire et des séries à rattraper. Oui, je fais les deux en même temps parfois… souvent, je veux dire.

    Bref, j’essaie une nouvelle marque de pizza congelée. Mon intérêt sur cette marque dépendait surtout du prix et non de mon goût de l’exotisme. De retour chez moi, je préchauffe le four et je continue la construction de mon roman. Une fois le four prêt, j’y insère la pizza « meat lover » et je retourne pour les 25 prochaines minutes à mon roman, l’appétit que plus grandissante.

    La cloche tant attendue sonne enfin. C’est en me léchant les babines que je gambade jusqu’à la cuisine. Dès que j’éteins l’élément chauffant et que j’ouvre la porte… Oh horreur!! J’avais mal lu les instructions de cuisson, des instructions les plus simples qui soient. Résultat : la pizza a coulé à travers la grille jusqu’au fond. Non seulement je ne mangerais pas tout de suite, mais en plus, je devrais manger autre chose, mais après le nettoyage de la dégueulasserie. Ma faim a accentué mon impatience. Je n’ai pas entendu que la grille refroidisse. Je vous rassure, j’ai quand même pris le temps de mettre des mitaines de four. Une grille, ça peut être gros. Je me suis sévèrement brulé sur le biceps. J’ai tout garroché sur le comptoir pour pouvoir soulager mon bras. De l’eau froide, de la glace, rien ne semblait marcher, mais j’obéissais à la leçon qu’on m’avait déjà donnée.

    Alors que je pensais que ça ne pouvait pas être pire, je commençais le nettoyage de la grille et, encore une fois, je ne calculais pas le « safe space » entre moi et l’objet sale. Résultat, une brûlure en forme de croix sur l’autre main. En me sentant con comme la lune, je remis le nettoyage au lendemain et je soupai aux céréales.

    La blessure sur le biceps est encore en train de guérir. L’autre s’en remet très bien. J’aimerais savoir cuisiner et prendre le temps d’apprendre. Je contrôle mon impatience et j’ai la chance d’avoir des gens prêts à m’apprendre la cuisine et à l’apprécier.

    Merci à vous. Je vous suis reconnaissant

  • Joyeux Noël : La suite

    Joyeux Noël : La suite

    « Qu’est-ce qu’on offre à un auteur? » Cette question, je l’ai reçue quelques fois par texto durant le mois de décembre. Ma réponse a toujours été la même : « Oublie que j’écris, et offre ce qui me ferait plaisir. » Je n’ai donc pas été déçu de mes cadeaux.

    Malgré que j’ai écrit une liste de souhaits à ma copine, cette dernière m’en réservait une surprise. Qu’est-ce qu’on offre à un auteur? Elle le savait déjà.

    Un cadeau que je qualifierais de symbolique. J’ai reçu, outre un item de ma liste et un cadeau venant d’une inside être nous deux, ma douce moitié m’a offert un carnet et des stylos pour que je le remplisse. Ça peut sembler banal, même pour le plus célèbre des auteurs, mais ce carnet n’était pas ordinaire. Bien que notre relation ne soit pas encore âgée d’un an, ma copine me connaît déjà beaucoup. Elle sait que j’écris plus efficacement le soir, même la nuit, donc sur la couverture du cahier, nous pouvons lire « Petit cahier pour GRANDES pensées nocturnes ». Je peux vous dire que ma famille a trouvé moyen de rire un bon coup. Ça va, c’est notre manière de nous donner de l’amour. Le plus beau restait marqué sur une bande blanche entourant le cahier. « La mémoire se perd, mais l’écriture demeure. »

    Je ne sais pas pourquoi, cette phrase m’a touchée. À un point que je me rassoie immédiatement, je prends un stylo que j’ai reçu en cadeau et j’écris. Une inspiration m’est venue. Mon premier cahier officiel, et non des pages libres dans un vieux carnet utilisé pour un ancien emploi, je devais l’inaugurer de belle façon.

    Je voudrais vous partager ma note qui pourrait non seulement inspirer d’autres auteurs, mais aussi tout le monde. À ajuster selon votre passe-temps, métier et/ou art.

    Les premières pages à remplir
    sont toujours importantes.
    Cette page ne devra jamais être déchiré
    ni barbouillé ni réécrite
    ni quoi que ce soit d’autre.

    Les pensées et le style de l’auteur
    doivent transparaître à travers
    ces quelques lignes.
    Il ne doit pas se forcer pour
    mieux écrire ou trop penser à
    ce qu’il doit écrire.
    Il est ce qu’il est et il doit l’assumer.

    Cependant, l’évolution peut se voir
    d’une page à l’autre et d’un cahier à l’autre.

    (première page d’un premier cahier)

    C’est après que j’ai rempli la page que j’ai pris conscience de ce que je venais d’écrire. Je ne crois pas que cette note traversera les âges ou traverser quoi que ce soit d’autre. C’est que je venais de trouver une nouvelle tradition pouvant également évaluer mon évolution à travers mes projets.

    Merci à toi, Nancy. Probablement sans t’en rendre compte, tu as visé plus que juste. Dans le même soir, tu as contribué à deux outils de travail d’un auteur.

  • Joyeux Noël

    Joyeux Noël

    Quand j’entendais dire que Noël c’est une période magique, je répondais automatiquement qu’il ne fallait pas confondre la fiction des films de décembre à notre réalité. Oui, c’est le temps des réunions et de plaisir avec la famille, les lumières, les décorations et de tout le reste, mais de là à dire que c’est magique… Je trouve qu’il y a quand même une limite.

    Cependant… il y a peu de temps, un doux souvenir m’est apparu. Si vous suivez mes capsules audios du vendredi et mon blogue, j’ai souvent parlé d’une de mes meilleures périodes de vie, le travail de l’équipe SWAT dans une chaine de supermarché connu au Québec. Je me rends compte que cettedite meilleure période de ma vie ne touche pas que les années dans l’équipe d’élite. Cette compagnie m’a apporté beaucoup de bien, avant même mes 30 ans. Et l’un de ces moments qui m’en ont fait se passait justement dans la période des fêtes.

    À mon souvenir, je venais d’avoir 25 ans, ou 26, je ne m’en souviens plus trop. Peu importe. Je sortais d’une courte relation amoureuse. Courte, mais intense. Trop intense pour ce que j’ai pu vivre avec la demoiselle. Bref, un mois après la rupture, je souffrais encore. Pour rajouter à ma Xième journée de marde, je venais de me chicaner solide avec une de mes amies. C’est de reculons que je rentrais puncher ma journée de travail qui me tentait autant que d’apprendre que j’étais atteint d’une syphilis grimpante.

    Et là, comme sortie du mur, une paire de mains m’agrippe par le collet et me traine à l’extérieur. Ces mains appartenaient à mon collègue JF. Avant même que mon expression faciale ne lui pose des questions sur ses intentions envers moi, il me lance d’un débit rapide et joyeux :

    — Toi! Tu vas venir m’aider à vendre des sapins!

    — De que cé?

    Il visse à ma tête une tuque de père Noël (la rouge avec le pompon blanc). Tuque que je possède toujours, d’ailleurs.

    — Des sapins. Tu vas en vendre avec moi. J’ai besoin de ton aide.

    Pendant que je me faisais trainer dans la neige à travers le stationnement de l’épicerie, je me torturais l’esprit pour savoir pourquoi c’était de MON aide qu’il voulait. Nous parlions à l’occasion dans l’arrière-boutique ensemble, mais sans plus. Nous ne partagions pas nos états d’âme à ce qu’il me semblait. Notre relation n’était que purement professionnelle. Mon travail devait être satisfaisant. Du moins, assez pour qu’il décide de m’avoir comme coéquipier. Ça me faisait un petit velours au cœur, je devais l’avouer. Un sourire apparut sur mon visage pour la première fois depuis un mois. Un sourire timide, mais je le sentais se dessiner quand même. Pour ne pas le décevoir, je me devais de le prévenir :

    — J’connais rien au sapin…

    — Tu vas en connaitre un peu plus. Tu vas voir, c’est pas compliqué.

    Cette année-là avait été une année pilote pour notre chaine de supermarché. Travaillant dans le magasin le plus gros du Québec, nous testions le coût d’une petite kermesse s’adaptant aux différentes célébrations de l’année. Nous avions une grosse citrouille et un petit labyrinthe pour l’Halloween et pour Noël, l’espace faisait office d’un petit village du père Noël avec un immense sapin autour duquel marchait des animateurs habillés en elfes pour le plaisir des petits et des grands. Dans la plus grosse cabine, le père Noël et la fée des étoiles accueillaient les petits pour la traditionnelle liste de cadeaux et la photo. Inutile d’ajouter que la musique enjouée nous enveloppait. La différence entre les deux types de sapins expliquée, JF me laisse le côté nord et lui s’occupe des clients arrivant du côté sud.

    J’ai vécu une journée MA-GI-QUE ! La joie des adultes face à cette féérie et des enfants pris dans cette ambiance ne me fit pas perdre le sourire. Jamais une journée de travail n’a passé aussi vite que cette journée. À peine un sapin de vendu qu’un autre se vendait. Je me souviens d’avoir guidé plusieurs clients à la fois vers le sapin idéal. Pendant que j’en transportais deux sous mes bras, les autres approchèrent leur voiture pour m’aider à finaliser les ventes. La foule dégonfla seulement à une heure de la fermeture. J’étais bien reposé pour ma journée de congé du lendemain.

    Mais JF n’était pas en accord avec moi.

    — Non, non. Demain, tu entres au travail. T’as été en feu aujourd’hui, on recommence demain.

    Je ne me suis pas fait prier. Le lendemain, cette joie hivernale recommença. Une différence tout de même, parce qu’on était dimanche, le nombre de clients diminua juste avant l’heure du souper. Pas une perte, puisque je profitai de ce petit répit pour me permettre une fantaisie. Malgré mes 25 ans à cette époque, je n’avais jamais eu de photo de moi avec le père Noël. J’entrai donc dans la cabine et je demandai au bon monsieur si je pouvais m’asseoir sur ses genoux. Il accepta avec plaisir. J’allais même abuser de cette belle journée en demandant à la fée des étoiles d’être dans la photo. Malheureusement, demander à une elfe d’en faire partie était de trop pour le bon père Noël en fin de quart. J’aurais essayé :-P.

    Ce week-end se termina dans un fou rire lorsque le père Noël me chuchota à l’oreille :

    — Fais attention ou tu mets tes mains. La fée des étoiles, c’est ma femme.

    Je n’ai pas vécu l’amour durant ces deux jours, mais j’ai quand même senti la magie de Noël. Je ne crois pas que ça pourrait faire un téléfilm Hallmark, mais c’est quand même mieux. Puisque cette histoire est vraie.

    Merci JF pour ce week-end. Tu ne pouvais pas savoir que je n’avais pas le moral et tu m’as quand même choisi pour t’aider dehors. J’étais probablement qu’au bon endroit, au bon moment. J’étais le premier commis que tu as croisé, mais merci quand même. Ça m’a aidé à me remettre d’une douloureuse séparation.

    C’était mon histoire du temps des fêtes.

  • Avant l’écriture, quelle ambition avais-je?

    Avant l’écriture, quelle ambition avais-je?

    Tout d’abord, aie aie aie, un mois depuis mon dernier billet… La révision prend beaucoup de temps. Lecture, correction, rajout, retrait, retrait, rajout, relire… et le travail avec l’éditrice n’est pas encore commencé. Je ne néglige pas ma nouvelle relation amoureuse non plus. Le tout nouveau, tout beau, je veux qu’il continue.

    Donc, vous comprendrez le délai important. Ceci dit, je vous dois d’être plus présent quand même.

    Sujet principal : Je pourrais mettre fin à ce billet en vous disant qu’avant d’écrire, je me suis toujours considéré comme étant un créateur. Écrire c’est créer, donc j’ai toujours eu cette ambition. « roll credits »

    Plus sérieusement, le mode de création varie énormément. On peut énumérer les différentes formes d’art. Avant l’écriture de livre, j’ai travaillé comme un forcené pour devenir réalisateur et scénariste. Déjà, l’écriture « papier » faisait déjà partie de ma vie. Pourquoi la réalisation? Donner vie à un univers et raconter l’histoire pour des cinéphiles et fans de séries télévisées, c’est ça que je voulais faire. Je m’étais même trouvé un nom d’artiste. Kyle Bonn.

    Pourquoi être réalisateur n’a pas débouché? C’est compliqué, mais je vous promets de vous en parler plus tard. Bien que j’ai désenchanté de cette forme d’art, je ne dis pas « non » à retourner derrière la caméra. Ça sera dit dans un prochain billet.

    Vous avez sans doute vu passer la vidéo de la séance de photo sur le personnage d’Audrey. Le montage et la réalisation est de moi. Pour cause de droit et entente avec les différents acteurs, je ne peux pas tout vous montrer ce que j’ai fait. Mais parmi ceux dont je peux vous montrer il y a un défi Kino. Un défi donné avec un thème et une limite de temps à chaque mois par la communauté Kino. Celui que vous allez voir a pour thème « Entre deux prises ». Il montre un des moments qu’un réalisateur et réalisatrice peut vivre. J’ai vécu ce genre de moment et ça te gâche le plaisir de tourner.

    Ça n’arrive pas avec des personnages sur papier, du moins pas comme ça.

  • Une leçon tirée d’une injustice

    Une leçon tirée d’une injustice

    Bon début de semaine à vous, lectrices et lecteurs.

    Je souhaite sincèrement que votre week-end ait été aussi bon que le mien. Sinon, ça sera la prochaine. À l’opposé du sentiment de bien être que le beau temps et le retour à la «normale» donnent à la majorité des habitants du Québec, une des journées de ma vie que je vous raconte peut paraître injuste, choquante ou même scandaleuse pour certains. Ça reste très subjectif.

    Il y a prêt de dix ans, je roulais ma bosse tranquillement, me remettant de mes tristes 25 ans. Une année très douloureuse pour moi. J’étais employé dans l’un des magasins d’une célèbre chaîne de supermarché, me retrouvant avec pas grand-chose pour moi, sauf l’avenir que je devais façonnait de mes mains. Étant bien entouré et ayant réglé quelques comptes avec des personnes, je gravis une à une les échelons du magasin par ma bonne volonté et mon bon travail. Mon attitude s’en trouva plus combative et déterminée.

    Un jour, alors que je souriais en travaillant sur un poste que plusieurs convoitaient, mais que j’ai eu, la codirectrice vient me trouver pour me proposer un poste plus permanent, plus important et de mon point de vue, plus prestigieux. Cet évènement tombait à point puisque j’avais encore du mal à me remettre de ma peine d’amour récente. Un vote de confiance qui fait du bien, surtout à la confiance en moi. Un mois plus tard, on me présentait à ma collègue (qu’on appellera Julie pour éviter de créer des conflits). Cette dernière me forme à la tâche importante pour laquelle je me suis engagé et j’en comprends l’importance et les rouages. Je développai également une bonne complicité avec Julie. Tout va bien pendant six ou huit mois. Une fois cette période passée, Julie commence à être de plus en plus absente… Non désolé, je reprends. Elle commençait à avoir des maux de tête et de cœurs qui tombaient toujours lors de la journée la plus occupée… mouain… Résultat : je me tapais ce travail très souvent seul. J’arrivais, à force d’astuce et d’adaptation et un peu de bénévolat, à arriver au bout de la tâche. Je faisais ce que je devais faire.

    Malgré mes bons points et mon bon travail, que je faisais de plus en plus seul, la codirectrice me trouvait des failles dans mon travail et des baisses dans ma motivation. C’étaient des reproches tout à fait gratuits et injustifiés. À chaque fois, je revirais la situation de bord et je me permettais même de souligner les exagérations des pauvres arguments de la co-patronne qui semblait mettre les gérants de son côté tranquillement pas vite. Mon attitude combative résistait, ma motivation grandissait, mais ma confiance en moi diminua quelque peu. Je me posais la question à savoir si finalement, je faisais mon travail moins bien que je le croyais. Devrais-je faire mon deuil de ce poste que je trouvais prestigieux pour retourner sur l’échelon d’en dessous? Dieu merci, une petite équipe d’élite formée de différents employés de la chaîne passa par mon magasin et remarqua mon dévouement. Un mois plus tard, j’ai pu rejoindre une formidable équipe pour de belles années de travail laissant en arrière de moi les doutes qui commencèrent à me gruger l’esprit. Bien entendu, cette codirectrice ne croyait pas à mon avenir dans cette équipe… J’ai bien su lui faire ravaler ses couleuvres.

    Pourquoi est-ce que je vous raconte cette période de ma vie? Où est l’injustice et le scandale dont je parlais?

    Tout ça n’était qu’une mise en contexte. L’injustice que j’ai subie était bien la médisance de la part de la patronne. Ce que je n’ai pas précisé c’est que ma collègue Julie est homosexuelle. N’étant pas homophobe du tout, ce point n’a pas fait de vague d’aucune façon pour moi. Même que nous vantions les allures de quelques collègues ensemble. Rien de grossier ni méchant. Seulement des commentaires polis; je vous jure. Nous étions de bons complices, je le rappelle. Le fait que Julie soit aux femmes est important dans l’histoire puisque la codirectrice l’est aussi. Elle ne s’en est jamais caché, la photo de sa partenaire de vie (du moins à l’époque) prônait fièrement sur son bureau.

    Lors d’une de mes visites obligatoires dans ce magasin, question de garder mon ancienneté bien à jour, je croisai Julie et j’appris lors de notre conversation que la codirectrice était partie révéler de nouveaux défis ailleurs dans la province. Phrase passe-partout qui veut souvent dire qu’elle n’a pas eu le choix de se trouver un autre emploi. Avant même que je puisse lui partager le fait qu’elle cassait du sucre sur mon dos, elle m’avoua, fière d’elle, qu’elle avait vécu une idylle avec la patronne. En gros, elle a été, pendant près d’un an, sa maîtresse. Elles se voyaient dans le dos de la copine de la codirectrice.

    Avant de comprendre pourquoi la patronne me prenait en grippe moi, et non celle de nous deux qui manquait le travail comme bon lui semblait; ce qui me choquait en premier lieu c’est l’infidélité qu’elle faisait subir à sa petite amie. Le choc subit, j’oubliai la codirectrice, sa copine, le travail et tout le reste assez vite.

    Je me suis rappelé cette histoire pendant que j’écoutais un podcast (La Soirée est (encore) Jeune) dans lequel Pierre Lebeau raconta que son look bum (manteau de cuir et moto) lui a fait avoir un avertissement de la part de la directrice d’une école de théâtre et que six mois plus tard, il lui faisait des lifts. La codirectrice pilotait une motocyclette; d’où le pourquoi du souvenir revenu. Aujourd’hui ce qui me choque, ce n’est pas l’infidélité, c’est que cette idylle a fait passer l’irresponsabilité de Julie sur mon dos. Pour éviter qu’on la réprimande, j’imagine. J’ai presque hurlé de rage pour l’injustice subite. J’ai rebaptisé la codirectrice pendant dix secondes consécutives et je me suis même demandé si elle aurait été un codirecteur, les conséquences auraient-ils été pires.

    Finalement, je me suis calmé assez rapidement en réalisant que malgré cette injustice (oui, je trouve que c’en ait une pour tous ceux qui vive cette situation) j’ai toujours continué à bien travailler et à garder le moral. J’ai aussi gardé ma combativité en tenant mon bout devant un gérant me demandant d’en faire plus, même s’il savait que j’étais seul pour un travail qui devait se faire à deux personnes. Et cet acharnement de ma part m’a valu de travailler dans le meilleur travail que je n’ai jamais fait. Après être auteur, bien sûr. Je vous parlerais de cette aventure plus tard. Soit ici ou dans un roman.

    La morale de cette histoire : j’ai appris que nos accomplissements ne sont pas forcément ceux que l’on croit ou ceux que l’on veut. Malgré cette petite campagne de salissage et le manque de confiance en moi pour l’équipe d’élite (un travail que même les directeurs de magasin voulaient faire) je suis resté trois ans à ce poste avec des gens content de travailler avec moi. Cette période d’injustice m’a permis de mieux m’exprimer au travail, de ne plus douter de moi et de ma façon de faire et surtout de me donner la chance d’essayer. D’abord et avant tout, de choisir mes combats. Dans mon travail actuel, j’ai vécu une autre injustice. Cette fois, j’ai dénoncé le méfait. Le processus terminé n’a pas obtenu le résultat que j’espérai, mais qu’importe. Le problème a été connu et le responsable se tient maintenant très carré. Moi? Je suis retourné à mon ancien poste avec quand même un sentiment de tâche accompli et la confiance zéro affecté.

    Pour le cas de la codirectrice ayant colporté sur mon cas, ce billet lui donne la dernière attention que je peux lui porter.

    Peu importe ce que vous lisez, je vous souhaite une bonne lecture.